Comptabiliser la dépréciation des matières et marchandises
La gestion des stocks ne s’arrête pas à l’enregistrement des factures d’achat ou des bons de livraison. En tant que comptable, vous devez veiller à ce que la valeur des actifs figurant au bilan reflète fidèlement la réalité économique de l’entreprise à la date de clôture. C’est ici qu’intervient la notion de dépréciation des stocks.
Il arrive fréquemment que des matières premières, des approvisionnements ou des marchandises perdent de la valeur avant d’être consommés ou vendus. Cette perte de valeur peut être due à l’obsolescence, à une détérioration physique, ou simplement à une baisse des cours du marché. Conformément au principe de prudence, si la valeur actuelle d’un stock est inférieure à sa valeur d’origine (coût d’acquisition ou coût de production), cette moins-value latente doit être comptabilisée sous forme de dépréciation.
Le mécanisme d’évaluation des stocks à la clôture
Avant de passer les écritures comptables, il est nécessaire de comprendre comment déterminer le montant de la dépréciation. À l’inventaire, nous comparons deux valeurs :
- La valeur d’entrée (ou valeur comptable) : C’est le coût d’acquisition pour les marchandises et matières premières, ou le coût de production pour les produits finis.
- La valeur d’inventaire (ou valeur actuelle) : C’est la valeur vénale, c’est-à -dire le prix auquel l’entreprise pourrait vendre l’élément à la date de clôture, déduction faite des coûts de sortie estimés.
La règle est simple : si la valeur d’inventaire est inférieure à la valeur d’entrée, la différence constitue une dépréciation. Si la valeur d’inventaire est supérieure, aucune écriture n’est passée (on ne comptabilise jamais une plus-value latente par prudence).
Les comptes du Plan Comptable Général (PCG)
Pour enregistrer ces dépréciations, nous utilisons la racine 39 pour les comptes de bilan (à l’actif, en soustraction de la valeur brute) et des comptes de gestion pour l’impact sur le résultat.
- Comptes d’actif (Dépréciations) :
- 391 : Dépréciations des matières premières (liées au compte 31).
- 392 : Dépréciations des autres approvisionnements (liées au compte 32).
- 397 : Dépréciations des marchandises (liées au compte 37).
- Comptes de charges (Dotations) :
- 68173 : Dotations aux dépréciations des actifs circulants – stocks.
- Comptes de produits (Reprises) :
- 78173 : Reprises sur dépréciations des actifs circulants – stocks.
Traitement comptable : La méthode de l’ajustement
Contrairement à l’amortissement qui est cumulatif et irréversible, la dépréciation est une évaluation ponctuelle qui doit être réajustée à chaque clôture d’exercice. Il existe trois scénarios possibles lors de l’inventaire.
1. Première constatation (Création de la dépréciation)
Lors de l’exercice N, si un stock de marchandises acheté 10 000 € ne vaut plus que 8 000 € sur le marché, nous devons constater une perte probable de 2 000 €.
| Compte débité | Compte crédité | Libellé | Montant |
|---|---|---|---|
| 68173 | Dotations aux dépréciations des stocks | 2 000 | |
| 397 | Dépréciations des marchandises | 2 000 |
2. Ajustement à la hausse (Dotation complémentaire)
Imaginons qu’à la clôture de l’exercice suivant (N+1), ce même stock soit toujours en magasin, mais que sa valeur actuelle ait encore chuté. La perte potentielle totale est désormais estimée à 3 000 €.
Nous avons déjà une dépréciation de 2 000 € enregistrée en N. Nous devons donc ajuster le solde pour atteindre 3 000 €. L’écriture ne portera que sur la différence (3 000 – 2 000 = 1 000 €).
| Compte débité | Compte crédité | Libellé | Montant |
|---|---|---|---|
| 68173 | Dotations aux dépréciations des stocks | 1 000 | |
| 397 | Dépréciations des marchandises | 1 000 |
3. Ajustement à la baisse ou annulation (Reprise)
L’ajustement à la baisse intervient dans deux cas de figure :
- Remontée des cours : La valeur du stock a augmenté par rapport à l’année précédente, le risque a diminué.
- Disparition du stock : La marchandise a été vendue ou la matière première consommée. Dans ce cas, la dépréciation n’a plus lieu d’être (« sans objet ») et doit être totalement annulée.
Reprenons notre exemple. En N+2, le stock est finalement vendu. La dépréciation cumulée au bilan (3 000 €) doit être soldée. Nous effectuons une reprise.
| Compte débité | Compte crédité | Libellé | Montant |
|---|---|---|---|
| 397 | Dépréciations des marchandises | 3 000 | |
| 78173 | Reprises sur dépréciations des stocks | 3 000 |
Étude de cas complète
Pour consolider vos connaissances, analysons la situation de l’entreprise « TexFab », spécialisée dans le textile, sur trois exercices comptables concernant un lot de tissu spécifique.
- Fin N : Achat d’un lot de soie pour 50 000 €. À l’inventaire, le cours de la soie s’effondre, la valeur du lot est estimée à 45 000 €. Dépréciation nécessaire : 5 000 €.
- Fin N+1 : Le lot est toujours en stock. Le marché reprend légèrement, la valeur du lot est estimée à 48 000 €. Dépréciation nécessaire : 2 000 €.
- Fin N+2 : Le lot est vendu. Dépréciation nécessaire : 0 €.
Traitement en N (Dotation initiale) :
Dépréciation à constituer = 5 000 €.
Débit 68173 / Crédit 391 pour 5 000 €.
Traitement en N+1 (Ajustement à la baisse) :
Dépréciation requise = 50 000 (Coût) – 48 000 (Valeur actuelle) = 2 000 €.
Dépréciation existante = 5 000 €.
Il y a trop de dépréciation (5 000 > 2 000). On doit reprendre la différence : 3 000 €.
Débit 391 / Crédit 78173 pour 3 000 €.
Traitement en N+2 (Annulation totale) :
Le stock n’existe plus au bilan. La dépréciation doit être nulle.
Solde actuel du compte 391 = 2 000 €.
On annule le solde restant.
Débit 391 / Crédit 78173 pour 2 000 €.
Impact sur les états financiers
Comptabiliser correctement ces mouvements est essentiel pour la lecture des états financiers :
- Au Bilan : Les stocks apparaissent pour leur valeur brute (compte de classe 3), diminuée de la dépréciation (compte 39) pour donner la valeur nette. Cela informe les tiers de la valeur « récupérable » réelle des actifs.
- Au Compte de Résultat : Les dotations (681) diminuent le résultat de l’exercice (respectant la prudence), tandis que les reprises (781) l’augmentent. Ces mouvements sont classés dans le résultat d’exploitation.
En conclusion, la maîtrise des dépréciations des stocks est une compétence fondamentale. Elle garantit que l’entreprise ne distribue pas de dividendes fictifs basés sur des actifs surévalués et assure une transparence financière indispensable aux partenaires économiques.